Une histoire de voyage, deux points de départ
Raconter une histoire de voyage. Son histoire. Un voyage c’est des sensations, des images, des impressions. Son souvenir aura une odeur particulière.
Une histoire de voyage peut s’écrire de plusieurs façon. Il peut avoir deux points de départ et le même point d’arrivée.
Une histoire de voyage instantanée
Je détester les aéroports
J’aime partir, mais je n’aime pas ce moment-là. Il faut arriver en avance. Faire la queue pour déposer les bagages. Passer les contrôles. Attendre. Chercher une prise pour recharger son téléphone. Regarder les écrans plus souvent que le ciel.
Tout y est organisé, calibré, uniformisé.
Un aéroport reste un aéroport, peu importe le pays.
Les mêmes boutiques. Les mêmes annonces. La même files d’attente. Les mêmes gestes répétés.
On pourrait être n’importe où.
Puis tout s’enchaîne.
On embarque.
On décolle.
Quelques heures plus tard, on atterrit, un peu la tête à l’envers.
Sur le papier, c’est rapide.
Mais j’ai souvent l’impression d’avoir passé mon temps à attendre. De ne pas avoir d’histoire de voyage à raconter.
Attendre de partir.
Faire la queue avant d’embarquer.
Rêver d’atterrir.
Attendre de récupérer mes bagages.
Puis monter dans un train. Dans un tram. Marcher encore quelques minutes.
Et soudain…
Je suis arrivée
C’est ce qui me fascine dans l’avion.
En une journée, je suis passé d’un quotidien parfaitement familier à un pays dont je ne comprends ni les panneaux, ni la langue. Les bâtiments ne ressemblent plus aux miens. Même l’air semble différent.
Le dépaysement est immédiat.
Presque brutal.
On passe d’une culture à une autre sans transition.
J’aime cette sensation.
Cette impression de changer de monde presque instantanément.
Comme si j’avais franchi une porte.
J’ai traversé plusieurs milliers de kilomètres sans vraiment les parcourir.
J’ai gagné du temps.
Mais je n’ai pas eu le temps de sentir la distance.
Une histoire de voyage progressive
Je savais que ce serait long
Trois trains.
Un bateau.
Des correspondances.
Des heures passées à regarder défiler le paysage.
Et pourtant, je n’ai jamais vraiment eu l’impression d’attendre.
J’avais plutôt le sentiment d’avancer.
À chaque gare, quelque chose changeait.
Les maisons.
La langue.
Les boulangeries.
Les horaires des repas.
La lumière.
Petit à petit, je sentais que je m’éloignais.
Hambourg n’était pas une escale.
Copenhague non plus.
Ces villes faisaient déja partie du voyage
Elles étaient des histoires de voyage à raconter.
Puis il y a eu le ferry.
Je me suis réveillée tôt.
Je suis montée sur le pont.
L’air était froid.
Les premiers fjords apparaissaient lentement.
Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai compris que j’arrivais.
Pas parce que le bateau accostait.
Parce que je voyais le pays arriver.
Quand j’ai posé le pied à Oslo, j’avais une drôle de sensation.
Celle d’avoir mérité cette arrivée.
Pas au sens où elle aurait été plus difficile.
Au sens où j’avais vu la distance.
Je l’avais traversée.
J’avais quitté un pays, puis un autre.
Je pouvais presque raconter le chemin autant que la destination.
Et je crois que c’est ce qui m’a le plus marqué.
Je ne suis pas arrivée en Norvège.
J’y suis venue.